Marie de M 

ENTRETIENS

AVEC MAURICIO SOAVI

La première fois que je suis entré dans l’immense atelier de Marie de M, que la Villa Médicis à Rome avait mis à sa disposition, d’innombrables photos de la Vierge Marie tapissaient murs et plancher. Des visages mangés par des champignons aux couleurs acidulées ou encore percés de volcans vomissant de longs cheveux coulants. 

Je me souviens aussi clairement de l’odeur de viande putride qui m’a assailli lorsque j’ai ouvert la grande porte-cochère située à l’extrémité d’une majestueuse allée de pins des jardins sauvages de la Villa.

Tout au fond de ce pavillon, aménagé dans l’enceinte de la villa côté Pincio, un piano droit formait une masse noire, brillante et glacée réfléchissant les lueurs chaudes de la fin de l’après-midi. Une tête de bœuf sanguinolente y était déposée à la manière d’une nature morte. L’odeur était difficile à supporter, mais ne semblait pas gêner Marie de M. J’apprendrai plus tard que son atelier Montréalais était situé dans une ancienne boucherie du quartier Centre-sud et que cette odeur morbide évoquait avec nostalgie les années précédents son départ pour l’Italie. Sans détourner le regard de son cahier, elle me fit simplement signe d’avancer. Après quelques minutes à faire compulsivement courir son crayon sur les pages de son cahier, pages qu’elle tournait à une vitesse vertigineuse, elle leva les yeux vers moi, à bout de souffle:

« Je peins avec du sang de boeuf sur le visage de Marie  », avait-elle souligné alors que mon regard, interloqué, s'était posé sur les pots dégoulinants de sang animal. [...]

 

(Roman en cours, Julie Hétu)